Final Fantasy X, la lettre ouverte contre le radicalisme

Qui n’a pas mis la main sur un Final Fantasy ne peut se prétendre joueur. Pour ma part, le premier sur lequel j’ai posé mes mains d’enfant a été le 7e volet, souvent reconnu en occident comme étant le meilleur (ce qui n’est pas mon avis). Mais c’est le 10 qui a conquis mon cœur.

Dans toute ma vie de joueur, l’épisode qui m’a sans doute le plus marqué reste le 10e. Que ce soit la beauté de son univers ou encore la magnifique composition musicale de Nobuo Uematsu, je frissonne encore rien que penser à mon voyage dans le monde de Spira. Cet épisode est aussi important, puisqu’il marque le passage de FF dans la génération PlayStation 2. Et comme tout FF digne de ce nom, il aborde des thématiques universelles, et parfois sensibles, tout en finesse. Et l’un des thèmes centraux du 10 est encore aujourd’hui toujours aussi polémique. A savoir la religion.

Perdu dans un nouveau monde

FF10 nous conte l’histoire de Tidus, une star de Blitzball (l’équivalent du football dans le jeu), ayant perdu ses parents. Il a grandi dans une ville à la technologie avancée, avec le type le plus badass de toute l’histoire de Final Fantasy en guise de nounou, j’ai nommé Auron. Un jour, une créature du nom de Sin débarque et réduit la cité en miette. Tidus se retrouve alors téléporté dans un autre monde, Spira, où l’utilisation de la technologie est proscrite (à quelques exceptions près), vivant sous un régime de théocratie.

Oui, mais voilà, la religion de Spira, nommé Yevon, est essentielle à la survie du monde. En effet, Sin est un fléau qui menace aussi ce continent. Et le seul moyen de défense de la population réside dans des créatures invoquées grâce aux prières de certains des pratiquants, appelés les Invokeurs. Seul problème, le monstre revient à la vie après chaque défaite, suivant un court temps de paix. Un cycle infini forçant les locaux à se réfugier dans la religion, en espérant que la roue finisse par se briser. C’est dans ce contexte que Tidus se retrouve avec son mentor dans un groupe en pèlerinage, dont l’objectif est de vaincre Sin.

Fermé sur soi-même

L’histoire que cet épisode et son approche de la nécessité de la prière dans le quotidien sont très intéressants. Final Fantasy X a été ma première expérience d’une société où le culte religieux se tient au-dessus de tout. Et sans non plus spoiler la fin du jeu (parce que ça serait dommage de ne pas y jouer pour la découvrir), j’ai trouvé le concept de radicalisation plutôt bien amené.

On ne nous montre pas une population écrasée par le régime et se plaignant de son sort. Au contraire, les croyants sont plutôt ravis de pouvoir se tourner vers les hauts-placés de l’église, afin de trouver de l’espoir. Dès le plus jeune âge, ils sont éduqué à croire et à ne pas dévier de la voie de Yevon, repoussant ainsi les populations qui font usage de la technologie, qui sont les hérétiques de ce monde.

Se relever pour mieux s’enfoncer

Mais la paix présentée par Yevon est illusoire. Sin y est présenté comme la personnification de tous leurs pêchés, mais d’un point de vue purement symbolique. Ce que les croyants ignorent, c’est que cette leçon n’est pas si loin de la vérité. L’entité maléfique est bien créée par l’homme, mais pas par ses erreurs. Sin revient à la vie grâce aux invocations répondant aux prières des Invokeurs. Ironie du sort donc, leur seul de moyen de défaire la créature est aussi son billet retour vers le monde des vivants. Une véritable histoire sans fin. Mais le plus intéressant est que ceux ayant essayé de trouver un autre moyen de défaire le monstre ont tous échoué, sans même parvenir à lui ôter une fois la vie. Magnifique façon d’amener le fait que, dans Spira, la religion est le seul refuge que peuvent connaître les hommes.

Spira est un monde dominé par la mort. Car c’est aussi au prix de la vie de l’Invokeur qui l’aura combattu que Sin peut être vécu. Quoi que ses habitants fassent, les pertes humaines y sont inévitables. Tidus, dont tout cet univers lui est inconnu, cherchera donc à briser ce cycle. Loin d’être un hérétique, puisqu’il ne rejette pas les rites de Yevon, il lutte alors contre ce qu’il considère comme extrêmiste, car il ne voit pas en quoi des sacrifices humains peuvent servir la cause de l’humanité. Le personnage de Tidus est une balance parfaite entre deux mondes. Il a évolué dans une civilisation centrée sur les avancées technologiques, mais ne rejette pas la nouvelle société dans laquelle il atterrit, aux antipodes de ce qu’il a connu. Ce qu’il refuse d’accepter, ce sont les mesures impliquant la mort volontaire d’un être humain, forme d’abandon face au pouvoir divin et de perte du libre-arbitre.

Si ce jeu me reste encore en mémoire aujourd’hui, c’est sans doute puisque sa thématique est plus actuelle que jamais. Sans entrer dans des débats idéologiques, FF10 nous livre un parallèle avec notre monde, et fait une critique directe contre le radicalisme, montré comme étant plus néfaste que bénéfique à l’homme. Un épisode qui mérite qu’on s’en rappelle.

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